mardi 3 novembre 2009

Kol Nidrei

Malgré les deux grandes fenêtres la pièce reste

Opaque

Kol Nidrei

L’immeuble d’en face a la façade noircie

Par la pollution

Kol Nidrei

Les feuilles pendent comme des cadavres

Aux branches pointues

Kol Nidrei

La neige de novembre

- un ange déchu

Kol Nidrei

Le lait

Versé dans le thé noir

Kol Nidrei

Mais

Tristesse et

Beauté

Ce soir, nous irons dans les rues, la lumière crue des néons

Le reflet des slogans publicitaires dans l’alcool

Nous oublierons que nous avons vécu

vendredi 9 octobre 2009

zitronen-gelber See vom Sonnen-Scheiden, ein Hauch von Lila, wie Heliotrope-Dunst. Das Höllengebirge wird wie Amethyst.

-Peter Altenberg-

Ce n'est pas cette cathédrale que je cherchais l'autre soir. Mais l'air sentait les vacances d'été, l'insouciance, la liberté, alors je me suis assise au bord du bassin et j'ai sorti mon journal. La plume trempait légèrement dans le flacon d'encre noire, un vieux gitan à la peau tannée jouait des airs qui rappelaient Paris, le Luxembourg. Il y a des universitaires, le cœur ouvert de leur jeunesse rit sur leurs visages lisses. A gauche un étudiant en boucles brunes tape sur une vieille machine à écrire. A droite, un jeune homme m'observe, seul, silencieux. Lorsqu'il quitte la place, il passe derrière moi, tout près, il frôle presque mon dos, parce que je suis heureuse et qu'il voudrait un peu de mon bonheur.
C'est une fin d'après-midi d'été indien, sur le Karlsplatz, j'écris dans mon journal et je souris. Je suis belle. Parce que je suis jeune et libre, et parce que ma peau embrasse le soleil tiède.

lundi 21 septembre 2009

Uraltes Wehn vom Meer, Meerwind bei Nacht: du kommst zu keinem her; wenn einer wacht, so muß er sehn, wie er dich übersteht: uraltes Wehn vom Meer

-Rainer Maria Rilke-

Le drap pèse comme une fournaise sur mon corps tordu, la chemise moite entrave les jambes et oppresse le sein blanc -blanc comme la lune qui déchire la nuit. La soif pique la gorge sans qu'aucune eau ne sache l'éteindre, les cheveux sur les temps écoutent les pulsations du sang sur la peau transparente. Il est noir, mon sang, noir comme cette nuit qui s'est couchée sur moi et me viole, son haleine brûlante sur mes paupières écoeurées et blanches -blanches comme la lune qui ricane avec la nuit. Les heures passent, les aiguilles voyagent dans le temps et délavent le ciel, lentement, la bête repue se détourne de mon ventre et s'en va par la fenêtre. Elle s'arrête sur le rebord, comme si elle hésitait, et puis saute dans l'air sans couleur.
Alors un livre s'entreouvre sur l'étagère et un poème s'ébroue, saute sur l'oreiller et s'allonge près de moi. Il m'entoure la taille d'écolle la chemise froissée et embrasse mon oreille. Il raconte des histoires oubliées. Tout bas. Je ferme les yeux.

lundi 7 septembre 2009

Und Kinder wachsen auf mit grossen Augen, Die von nichts wissen, wachsen auf und sterben, Und alle Menschen gehen ihre Wege

-Hofmannsthal-

Sur l'image , on voyait deux jeunes filles dessiner des arabesques dans la glace d'un lac gelé à Reykjavik, juste avant le lever du soleil. L'air grésille de froid et le doux bruit de la lame incisant la surface miroitante sent l'hiver, les mitaines humides mises à sécher, l'odeur âcre du bois qui brûle mal, les goulées de chaleur qui s'échappent des portent des magasins, les doigts gourds enserrant la cigarette, les flocons de neige sur le manteau et les mains collées contre le radiateur tiède. Tu sais, il faisais nuit encore, une nuit à coupé le souffle, couverte de givre, figée. Les étoiles étincelaient comme des lames acérées dans le ciel abyssal. Les habits raidis par le froid blessaient notre peau chaude et douce, et la première respiration sur le seuil déchire la gorge. Il faisait si froid que j'ai toussé du sang, des petites gouttelettes qui ont plongé dans la neige immaculée, immobilisées, mortes comme les étoiles. Les patins à glace pendent sur l'épaule, un coup dans la poitrine, un coup dans l'épaule, un balancier régulier. Devant, derrière, devant, derrière. Je ne pense à rien d'autre. Je ne pense pas. Mon corps comme pris dans la glace est dur. Sec. Je glisse sur la neige, je tombe, je me relève, je ne réfléchis pas. Je ne pense pas. Et puis le lac, enfin, un miroir aigre comme un rictus haineux. Je me suis relevée, en équilibre sur la lame de mes patins, et, pour la première fois, j'ai levé la tête. L'aube pointait, le ciel est devenu transparent, vide, et la terre semblait flotter, comme si l'apesanteur de l'air la soulevait loin de sa gravité. j'ai écarté les bras et j'ai tournoyé en faisant crisser la glace. J'étais le pinceau d'un artiste courant sur une œuvre d'art, portée par un bonheur brûlant. L'ivresse de prendre part à la Beauté universelle.

vendredi 4 septembre 2009

Lux feminae

... et il faut regarder la pluie embrasser la fenêtre en entourant un bol de thé nature des mains.

Elle.

jeudi 27 août 2009

Weissnähterinnen in den Regengüssen

-Kafka-

Im kalten Nebel frühmorgens, die Milchkaffeeschale umklammernd wie man die Uhrzeiger festhalten möchte. Die eingeschlafene Zeit im sterbenden Sommer, die erst mit der Mittagssonne aufwacht. Die nackten Füsse im nassen Gras und das schöne Bild auf dem Buchumschlag des Zauberbergs, eiserne Gartenstühle im traurigen Schneemantel.

mardi 25 août 2009

He's only thirty-one and he's only seventeen

Quand on referme un livre, c'est un claquement sec comme les portes d'un train qui part. Et l'histoire est là, sur le quai, elle agite son mouchoir blanc, ils sont tous venus, les personnages du récit, tous, les gentils comme les méchants, et l'écharpe autour du cou serre trop, on les a aimé, tous, les gentils comme les méchants, tellement aimé, sans jalousie ni rancune, comme il faudrait aimer pour de vrai.

Ils étaient trois et chantaient des comptines françaises et des modulations hébraïques, ils sont quatre et réclament des chants français et des cantiques, mais c'est un peu pareil, et souvent, je m'embrouille, parle de la peluche des uns aux autres et mélange les souvenirs. Grand-maman aussi, elle invente des choses. Mais ce n'est pas une mémoire défaillante tant qu'une volonté acharnée de se souvenir des moindres détails, pour faire comme si tout était encore. Vivre par la mémoire, le présent n'existe pas, il est un passé futur. Les livres de cuisine ouverts dans les pages sucrées, j'hésite, et ce sera la pensée de l'amande douce qui marie son parfum entêtant avec celui de l'orange qui se décidera pour l'Italie. Sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, il n'y a plus de basilic, mais dans le jardin, il y a des fruits rouges. En cuisinant, j'écoute Donovan, et si ce n'était la maison sans âme, on dirait presque l'Angleterre. Le soir, il y a Chopin, des valses un peu tristes qui s'enfuient par la fenêtre ouverte et font l'amour avec les étoiles.

Un jour.